New Marseille Calvi : les coulisses d’un buzz réussi

J’en avais déjà parlé dans un article précédent mais j’y reviens pour apporter des précisions. Le buzz qui a eu lieu autour du projet New Marseille Calvi (un pont entre la Corse et le continent) a mis en avant la créativité de l’agence Publicis/Okarito et mérite qu’on s’attarde sur le déroulement d’une telle opération. Voici donc les différentes étapes qui ont permis à ce projet fictif de devenir en quelques jours un sujet polémique incontournable.

Etape 1 : l’amorce

Tout commence avec la fameuse vidéo de l’architecte québécois Alain Laperrière expliquant son projet fou. L’objectif est d’attirer l’attention sur ce sujet « énorme » en le rendant crédible. Cette vidéo, postée sur Youtube et Watt TV, est rapidement reprise par d’importants sites de buzz comme chauffeurdebuzz ou marseille.tv.
A la fin du clip, un lien renvoie au site d’Alain Laperrière (hébergé au Canada) qui renvoie à son tour à son profil Facebook.

Le projet New Marseille Calvi commence à faire parler de lui sur plusieurs blogs ainsi que sur Twitter.

Une seconde vidéo est rapidement mise en ligne, proposant cette fois de nombreuses images du futur pont. Et afin de donner un maximum de crédibilité au projet, une fiche Wikipédia est rédigée et mise à la disposition des internautes.

Etape 2 : la polémique

Juste après l’amorce, une groupe d’opposants est créé sur Facebook et piloté par l’agence : « 50.000 personnes contre un pont vers la Corse ». Il renvoie vers un blog d’opposition au projet créé pour l’occasion.

La polémique enfle et commence à intéresser la presse en ligne. Plusieurs articles sont publiés sur lepost.fr, corsematin.com, starwizz.com, econostrum.info, etc. Ces articles sont rédigés à partir des vidéos, du site de l’architecte, du profil Facebook des opposants et du blog des opposants.

Le projet divise les « pour » et les « contre » sur Facebook, Twitter, le blogs des opposants, les commentaires de articles, etc.

Etape 3 : pression maximale

Le coup de maître de l’agence est là : un article est publié sur marsactu.fr qui annonce avoir interviewé l’architecte Alain Laperrière. Le titre a de quoi effacer les doutes des plus sceptiques : « L’homme qui veut construire un pont entre Marseille et la Corse existe, nous lui avons même parlé ». Pour sécuriser l’opération au maximum, une ligne de téléphone mobile a été ouverte auprès d’un opérateur canadien.
Un second article est publié sur lepost.fr, également à partir d’une interview de l’architecte.
Seul le jjd.fr reste sceptique quant au projet mais son article renforce la rumeur.

Ces diverses publications alimentent le buzz : près de 60 blogs et journaux en ligne parlent du projet qui occupe de fait les 6 premières pages de réponses sur Google pour la requête « pont Marseille Calvi ». L’internet corse reprend l’affaire et même le blog des supporters de l’OM aborde le sujet !

La vidéo compte plus de 10.000 vues et le groupe Facebook près de 500 personnes (parmi lesquels des sympathisants de la SNCM, compagnie concurrente). L’opposition au pont devient très virulente !

Etape 4 : la révélation

La dernière étape du buzz a lieu 15 jours après la publication de la première vidéo. Un nouveau clip est posté sur Youtube et Watt TV : « Mieux qu’un pont, La Méridionale ! »
Le blog des opposants est ré-habillé aux couleurs de La Méridionale et devient traverseemarseillecorse.com, blog officiel de la compagnie. Enfin, les blogueurs et journalistes qui avaient parlé du projet sont contactés.

Bilan de cette opération : une réussite. Moi qui suis basé à Marseille, j’en ai même entendu parler dans la rue de cette histoire de pont ! Si on analyse un peu le déroulement de l’opération, on note que l’agence a particulièrement bien joué sur l’opposition factice à ce projet… tout aussi factice ! Les « contre » ont finalement été les meilleurs alibis de crédibilité du New Marseille Calvi – bien plus que l’architecte lui-même. Un point à prendre en compte pour ceux qui souhaiteraient mener ce genre de campagne !

Je tiens à remercier l’équipe d’Okarito pour les informations qui m’ont permis de rédiger cet article et leur souhaite de nombreuses opé réussies comme celle-ci.

  1. Merci de nous avoir cité dans votre article. Si Marsactu.fr a été dans les premiers sites à relayer l’info, on a également été les premiers a essayer de la vérifier et d’autre part les premiers à révéler la vérité. Et on est resté également assez septique  » pour un peu on le croirait presque » écrivions nous après avoir fait l’interview du vrai/faux architecte.On a toujours pensé que ce Lapeirière était un gentil illuminé, on n’ a pas cru une seconde à son projet, en revanche, on ne s’est jamais douté qu’il y avait une opération de com derrière.

  2. A mon tour de vous remercier pour votre commentaire ! Il est vrai que malgré le côté « énorme » du faux projet, le travail avez été bien sécurisé (site d’AL hébergé au Canada, ligne téléphonique canadienne également, etc.) pour le rendre plausible et susciter le doute. En tout cas, un grand bravo pour votre réactivité que vous prouvez une nouvelle fois en étant le premier à réagir à cet article !

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